TDAH et addictions

Pourquoi le cerveau cherche-t-il sans cesse sa "dose" de dopamine ?
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TDAH et addictions : pourquoi le cerveau cherche-t-il sans cesse sa "dose" de dopamine ?
"Je n'arrive pas à m'arrêter."

Cette phrase, je l'entends régulièrement chez les personnes présentant un Trouble Déficit de l'Attention avec ou sans Hyperactivité (TDAH).

✅Elle peut concerner la cigarette, l'alcool, le cannabis, les jeux vidéo, les achats compulsifs, les réseaux sociaux, le travail, le sport, les paris en ligne ou encore la sexualité.

❌Contrairement à une idée reçue, il ne s'agit pas d'un manque de volonté.

Il s'agit souvent d'un cerveau qui cherche, parfois désespérément, à retrouver un équilibre neurochimique.

Le TDAH augmente-t-il réellement le risque d'addiction ?
La réponse est oui.

Aujourd'hui, les recherches montrent qu'une personne présentant un TDAH développe plus fréquemment des conduites addictives que la population générale. Ce risque concerne aussi bien les addictions aux substances (alcool, tabac, cannabis, cocaïne, médicaments...) que les addictions comportementales (jeux d'argent, jeux vidéo, achats compulsifs, réseaux sociaux, sexualité compulsive ou encore troubles des conduites alimentaires).

Cela ne signifie évidemment pas que toutes les personnes avec un TDAH deviendront dépendantes.

En revanche, leur vulnérabilité est objectivement plus importante.

La dopamine : le carburant du cerveau
Pour comprendre ce phénomène, il faut parler de la dopamine.

La dopamine est un neurotransmetteur impliqué dans plusieurs fonctions essentielles :

👉la motivation ;
👉l'envie d'agir ;
👉la concentration ;
👉l'apprentissage ;
👉la sensation de récompense ;
👉le plaisir ;
👉l'anticipation.
Contrairement à ce que l'on lit souvent, la dopamine n'est pas "l'hormone du bonheur".

Elle est surtout la molécule qui donne envie d'obtenir une récompense.

Chez de nombreuses personnes présentant un TDAH, le fonctionnement des circuits dopaminergiques est différent.

Le cerveau reçoit moins efficacement le signal de récompense ou le traite moins durablement.

Résultat : les tâches ordinaires paraissent peu stimulantes, l'ennui devient rapidement insupportable et le cerveau recherche spontanément ce qui procure un "boost" immédiat.

Quand le cerveau cherche sa récompense => Imaginez un cerveau qui fonctionne avec une batterie presque vide.

Chaque activité agréable permet de la recharger... mais seulement quelques instants.

Le cerveau va alors multiplier les comportements susceptibles d'apporter une montée rapide de dopamine :

👉une cigarette ;
👉un verre d'alcool ;
👉un achat impulsif ;
👉quelques minutes sur les réseaux sociaux ;
👉une partie de jeu vidéo ;
👉un épisode supplémentaire d'une série ;
👉une prise de risque ;
👉une relation sexuelle ;
👉une pâtisserie très sucrée.
Sur le moment, le soulagement est réel.

Mais il est souvent très bref.

Puis la dopamine redescend.

Et le cerveau recommence sa quête.

Ce fonctionnement explique pourquoi certaines personnes atteintes de TDAH décrivent l'impression d'être constamment "en recherche de quelque chose" sans réussir à identifier précisément ce qui leur manque.

L'impulsivité joue également un rôle majeur, le TDAH ne se résume pas à un déficit attentionnel.

Chez beaucoup de personnes, l'impulsivité constitue une caractéristique centrale.

Or l'impulsivité est l'un des facteurs de risque les plus importants dans le développement des conduites addictives.

Le cerveau privilégie la récompense immédiate au détriment des conséquences futures.

Il devient alors beaucoup plus difficile de résister à une envie soudaine, même lorsque l'on sait que ce comportement sera regretté ensuite.

Les addictions ne concernent pas uniquement les substances
Lorsque l'on parle d'addiction, on pense souvent à l'alcool ou aux drogues.

Pourtant, les addictions comportementales sont extrêmement fréquentes chez les personnes avec un TDAH.

Certaines deviennent dépendantes :

👉des achats compulsifs ;
👉des réseaux sociaux ;
👉des jeux vidéo ;
👉des jeux d'argent ;
👉du travail ;
👉du sport ;
👉de la nourriture ;
👉des relations amoureuses ;
👉de la sexualité.
Le mécanisme reste le même : rechercher une stimulation suffisamment forte pour activer le circuit de la récompense.

Pourquoi le traitement peut-il réduire ce risque ?
Pendant longtemps, certaines personnes ont craint que les traitements du TDAH favorisent les addictions.

Les données scientifiques actuelles ne confirment pas cette inquiétude.

Au contraire, lorsqu'il est correctement prescrit et surveillé, le traitement médicamenteux ne semble pas augmenter le risque de dépendance et pourrait même contribuer à diminuer le risque de développer certains troubles liés à l'usage de substances en améliorant le contrôle des symptômes du TDAH.

C'est d'ailleurs dans cet esprit que les recommandations internationales prévoient que le méthylphénidate puisse être proposé, chez les enfants de 6 ans et plus ainsi que chez les adolescents, lorsque les symptômes restent responsables d'un retentissement important malgré les adaptations éducatives et environnementales, après une évaluation spécialisée.

Le traitement ne "guérit" pas le TDAH.

En revanche, il améliore le fonctionnement des circuits dopaminergiques et aide le cerveau à moins rechercher des récompenses immédiates.

Une prise en charge globale reste indispensable
Le médicament n'est jamais la seule réponse.

La prise en charge du TDAH repose sur plusieurs piliers complémentaires :

🌱la psychoéducation ;
🌱l'accompagnement psychologique lorsque cela est nécessaire ;
🌱les adaptations scolaires ou professionnelles ;
🌱l'activité physique régulière ;
🌱un sommeil de qualité ;
🌱une alimentation équilibrée ;
🌱les stratégies d'organisation ;
🌱les techniques de régulation émotionnelle.
🌱La sophrologie peut également trouver toute sa place dans cet accompagnement.

Elle ne modifie pas directement la dopamine, mais elle aide à développer une meilleure conscience des sensations corporelles, à ralentir les réactions impulsives, à mieux gérer le stress et à retrouver un espace entre l'envie et le passage à l'acte.

Chez certaines personnes, cet espace fait toute la différence.

Ce qu'il faut retenir:  Les addictions ne sont pas un trait de caractère.

Chez de nombreuses personnes présentant un TDAH, elles représentent souvent la conséquence d'un fonctionnement neurobiologique particulier, associé à une impulsivité plus importante et à un circuit de la récompense moins efficace.

Comprendre ce mécanisme permet de sortir de la culpabilité.

Et surtout, cela rappelle qu'il existe aujourd'hui des prises en charge efficaces.

Parce qu'avant de parler d'addiction, il est parfois nécessaire de se demander une chose essentielle :

Et si le problème n'était pas un manque de volonté... mais un cerveau qui tente simplement de retrouver son équilibre ?

 
Références scientifiques
Organisation mondiale de la Santé (OMS). Pharmacological and non-pharmacological interventions for children with ADHD (mise à jour 2023).
Young S. et al. Identification and treatment of individuals with ADHD and substance use disorder: an expert consensus statement. BMC Psychiatry, 2023.
NCBI Bookshelf. ADHD and Substance Use Disorders in Adults (2024).